Je le disais dans la précédente rubrique, Catherine (oui, je l'appelle Catherine, cash!) a su se positionner comme la grande actrice de référence que l'on connaît. Toutefois, eh oui, sa filmographie est par-ci, par-là, enrichie par des films bizarroïdes, voire franchement insolites et parfois même carrément mauvais!
Régale-toi, mon ami(e), tu n'auras pas perdu ta journée en regardant l'un de ces films...
Zig Zig
Genre : "Nous sommes deux paumées nées sous le signe de la loose!" (air bien connu)
Note : CULTE (mais au 9ème degré)!
1974: Catherine a perdu un pari et se retrouve avec Bernadette Lafont dans "Zig Zig". Sans doute lassée de ses rôles de jeune première, de beauté froide qui lui collent au train, Catherine, s'essaye au film underground. Vêtues de leurs habits de lumière (70's oblige!), nos deux donzelles (Catherine et Bernadette, donc!) se retrouvent à Pigalle dans un numéro de cabaret pur caviar, total anti-Demoiselles de Rochefort (d'ailleurs, ici, c'est vraiment Deneuve qui chante)! Si cette prestation aurait suffit pour que n'importe qui d'autre finisse sa carrière à la "foire à la choucroute de Colmar", Deneuve et Lafont sont à donf dans leur délire et nous offrent un pur moment de bonheur! La chanson ZIG ZIG, est savoureusement et gentiment olé olé, la chorégraphie, quoi que minimale, s'y accorde parfaitement, et si comme moi, vous avez toujours pensé que l'esthétique des 70's fut douloureuse pour l'humanité, les tenues et chaussures avec strass et paillettes, ainsi que les perruques arborées par nos deux copines, devraient vous inviter ou à une hilarité bienveillante, ou à de la compassion, si vous avez vécu cette époque (heureusement pour moi, je suis née au dernier trimestre de l'année 1979... Enfin, les 80's, ce n'était pas vraiment mieux!). Alors, l'histoire, me demanderez-vous... Et vous aurez raison!
L'histoire, c'est donc celle de Marie (Catherine Deneuve) et de Pauline (Bernadette Lafont), danseuses de cabaret de leur état, qui, parce qu'elles ne gagnent pas assez d'argent dans leur boîte ("[...] Ca paye pas l'art!"), se prostituent dans leur appartement pour payer les gros oeuvres du chalet à la montagne qu'elles veulent se faire construire. Dans leur sillage, on trouve un ex-commissaire mélomane (inénarrable Hubert Deschamps), un flic nerveux, titillé par son ver solitaire et son adjoint un peu nigaud, qui enquêtent sur l'enlèvement d'une ex-chanteuse lyrique, se trouvant être la femme d'un ancien ministre, ancien client de Marie. Le personnage le plus poétique du film est un clodo alcoolique, qui fut jadis médecin et qui a sombré à cause de son amour pour Marie. Il y a aussi un groupe de musiciens qui accompagne nos deux artistes sur scène, et dont le leader (Jean-Pierre Khalfon,magnétique en artiste nerveux et esthète) sort en "scred" avec Pauline... Bref, tout un panel de personnages hétéroclites qui se meuvent dans les milieux interlopes des bas-fonds parisiens.
Alors oui, ce film n'est pas vraiment une ode au bon goût (en même temps, ça se passe à Pigalle et dans les années 70!), mais l'acteur-réalisateur Lazlo Szabo signe ici plus un O.F.N.I. qu'un navet. Il y a quelques vrais moments de grâce et sa peinture du monde marginal de la nuit, nous laisse quelques pépites dont les cultissmes : "l'alcool, c'est l'anesthésie du monde!", "On travaille dans le plaisir, puisqu'on a un but. On baise pour construire!" ou "Un ver solitaire, c'est quelque chose de profondément intérieur!". Certes, le montage du film n'est pas toujours très heureux, mais il renforce le côté chaotique du monde dans lequel évolue nos deux héroïnes. D'aucuns décrieront, même, les prestations des deux interprètes principales. Bernadette Lafont est pourtant irrésistible et touchante dans ce rôle de pauvre fille à la ramasse tiraillée entre un guitariste et sa colocataire. Avec son visage mutin et sa voix gouailleuse, elle offre une composition que nulle autre qu'elle n'aurait pu accomplir, sans tomber dans tous les pièges du rôle! Quant à Catherine, qui a produit le film et dont personne n'a compris ce qu'elle faisait là... Eh ben, Catherine, on ne la voit jamais autant se lâcher que dans ce rôle d'artiste de cabaret prostipute (à part peut-être chez Téchiné, plus tard)! Non, ce n'est pas la Séverine sophistiquée de "Belle de Jour", et pourtant, bizarrement, Deneuve donne à ce personnage de paumée rêveuse, outre sa blondeur, une fraîcheur presque angélique et une crédibilité, qu'on pourrait avoir du mal à croire, si on ne le voyait pas! Mais, au fond, c'est ça, le mystère Deneuve : une capacité à endosser des personnalités, dont certaines sont parfois improbables et à s'en sortir avec dignité!
La fin de film, enfin, est culte en soi! Parce qu'elle est complètement hallucinante et vire totalement à l'incompréhensible, puis au "porte-nawak"... L'effet produit par la fin ressemble à l'état dans lequel on est quand on a bu des litres de vodka! D'ailleurs, si quelqu'un a compris la toute toute fin, qu'il me contacte, ça m'intéresse! Moi, je suis toujours dans le flou...